Photo : Sébastien Launier
Un plongeur commence à respirer vite. Il pense que son détendeur « donne mal », change de source de gaz, mais reste essoufflé. Une toux apparaît. Sous l’eau, ces signes doivent faire envisager un œdème aigu d’immersion (OAI), également appelé œdème pulmonaire d’immersion (OPI). Cette urgence peut toucher un plongeur en circuit ouvert, en recycleur, un apnéiste ou un nageur. Elle peut évoluer rapidement, même chez une personne entraînée.[1]
Que se passe-t-il dans les poumons ?
L’immersion déplace une partie du sang des membres vers le thorax. La pression augmente dans la circulation pulmonaire. Si le plongeur doit en plus inspirer contre une résistance élevée ou une pression respiratoire défavorable, le gradient de pression à travers la membrane pulmonaire peut augmenter : du liquide issu des capillaires passe alors vers les alvéoles. Les échanges d’oxygène deviennent difficiles. Ce liquide provient de la circulation du plongeur ; il ne suppose pas qu’il ait aspiré de l’eau.[1]
L’OAI résulte d’un passage de liquide depuis les capillaires vers les espaces où se font les échanges gazeux. Ce schéma représente une alvéole normale ; il ne montre pas un OAI.
Schéma : LadyofHats, domaine public — Wikimedia Commons
Tout plongeur subit les effets circulatoires de l’immersion, mais seul un petit nombre développe un OAI. Une prédisposition personnelle et plusieurs facteurs qui se cumulent expliquent cette différence. L’épisode peut aussi survenir en eau relativement chaude ou lors d’un effort modéré.[1][2]
Les signes qui doivent faire réagir
SIGNE 01
Essoufflement
Respiration anormalement rapide ou difficile, parfois disproportionnée par rapport à l’effort.
SIGNE 02
Toux
Toux inhabituelle ; des expectorations mousseuses, parfois rosées, peuvent apparaître, mais leur absence n’exclut rien.
SIGNE 03
Oppression
Poitrine serrée, respiration bruyante ou « humide », faiblesse et sensation de manquer d’air.
SIGNE 04
Aggravation
Agitation, confusion, coloration bleutée, perte de connaissance : urgence vitale.
Le binôme peut voir une consommation de gaz anormalement rapide, un plongeur qui change de détendeur sans amélioration ou qui veut remonter immédiatement. Ces comportements peuvent ressembler à une panne de gaz ou à une panique : il faut traiter la détresse respiratoire comme réelle. Les symptômes peuvent s’aggraver à la remontée et en surface, notamment en circuit ouvert lorsque la pression partielle d’oxygène inspiré diminue.[1]
Quels sont les facteurs de risque ?
Du côté du plongeur : antécédent d’OAI, hypertension artérielle, maladie cardiovasculaire, âge plus avancé. Certaines séries observent davantage de cas chez les femmes, sans que cela permette de prédire le risque individuel.[1]
Du côté de la plongée : eau froide, effort intense, courant, essoufflement, respiration demandant un effort inspiratoire important et hydratation excessive avant l’immersion. Le matériel et la position peuvent jouer sur le travail respiratoire : détendeur, densité du gaz, configuration et emplacement des faux-poumons en recycleur. Aucun de ces facteurs n’est nécessaire à lui seul pour qu’un OAI survienne.[1][2]
Surhydratation : où est le juste milieu ?
La surhydratation avant la plongée figure dans la liste des facteurs de risque du consensus SPUMS/UKDMC de 2024. Boire une grande quantité d’eau juste avant de s’immerger peut accroître la charge circulatoire thoracique, déjà augmentée par l’immersion. Le BSAC conseille également d’éviter les apports excessifs avant une plongée.[1][3]
La recommandation pratique est de boire normalement selon ses besoins, régulièrement, sans se forcer à absorber un gros volume juste avant de partir. Les études fournissent toutefois des repères concrets : chez des personnes prédisposées, une charge de 2 litres avant une épreuve de nage a augmenté le risque d’OAI ; une série de nageurs militaires rapporte une ingestion imposée de 5 litres en 2 heures avant un effort intense, avec des cas d’OAI. Ces volumes décrivent des situations étudiées, pas un seuil de sécurité universel : on ne peut pas en conclure que 1,9 litre est sûr, ni qu’un verre d’eau serait dangereux. Les recommandations ne fixent aucun plafond chiffré valable pour tous. Se déshydrater volontairement n’est pas non plus une stratégie de prévention.[5][6] En cas de chaleur, d’effort, de maladie ou de traitement influençant l’équilibre hydrique, les besoins varient ; un avis médical personnalisé peut être utile.[1]
Que faire si un OAI est suspecté sous l’eau ?
- Signaler immédiatement le problème au binôme et arrêter la plongée. Assister le plongeur et organiser une remontée contrôlée, sans lui demander de nager ou de palmer vigoureusement.
- Quitter l’eau au plus vite. Omettre les paliers de sécurité facultatifs. Si le plongeur est en détresse respiratoire majeure, la décision concernant des paliers obligatoires relève d’un arbitrage d’urgence : le consensus envisage leur omission, avec prise en charge immédiate à la surface et information du centre hyperbare.[1]
- En surface, assurer la flottabilité et sortir la victime de l’eau. Éviter de comprimer davantage le thorax avec un gilet excessivement gonflé.
- Appeler les secours, donner de l’oxygène à la concentration maximale disponible si l’on est formé et équipé, installer la personne en position assise ou semi-assise si elle le tolère, desserrer l’équipement serré, la garder au chaud et surveiller conscience et respiration. Appliquer les gestes de réanimation si nécessaire.[1]
Une évaluation aux urgences est nécessaire même si les symptômes s’améliorent après la sortie de l’eau. Le médecin doit aussi envisager d’autres causes possibles, notamment aspiration, barotraumatisme pulmonaire, accident de décompression pulmonaire ou problème cardiaque. Communiquer le profil de plongée, les gaz respirés, les paliers effectués ou omis et l’évolution des symptômes.[1]
Et si la remontée immédiate est impossible ?
En grotte, sous épave ou avec des paliers obligatoires, l’OAI devient un conflit entre deux urgences : rester immergé avec une respiration qui se dégrade, ou sortir plus vite en acceptant un risque de décompression. Il n’existe pas de durée de palier « sûre » ni de protocole universel validé pour résoudre ce conflit. Le consensus SPUMS/UKDMC recommande d’abord d’interrompre la plongée et de sortir de l’eau dès que possible.[1]
Aux paliers : on supprime les paliers de sécurité facultatifs. Si la respiration reste suffisamment stable, les paliers obligatoires peuvent être effectués selon le plan d’urgence de l’équipe. Si le plongeur est très essoufflé ou en détresse, le consensus envisage d’écourter ou omettre les paliers obligatoires pour permettre une sortie vitale. Cette décision expose à un accident de décompression : dès la surface, il faut oxygène, surveillance, secours et information explicite du centre hyperbare sur les paliers omis. Il ne faut jamais renvoyer le plongeur sous l’eau pour « rattraper » sa décompression.[1]
Comment réduire le risque avant une plongée ?
- Faire évaluer et contrôler l’hypertension ou les symptômes cardiovasculaires avant de plonger.
- Prévoir une protection thermique adaptée et réduire l’exposition au froid.
- Planifier une plongée compatible avec sa condition physique, les courants et les possibilités de sortie ; éviter l’effort intense et l’essoufflement.
- Vérifier que l’équipement respiratoire fonctionne correctement et que la configuration ne rend pas l’inspiration excessivement difficile ; tenir compte de la densité du gaz et du travail respiratoire.
- Boire normalement au fil de la journée et éviter de se « charger » en eau juste avant l’immersion.
- Informer son binôme des signes d’alerte et avoir un plan d’oxygénothérapie et de secours.
Ces mesures peuvent réduire des facteurs contributifs, mais ne garantissent pas qu’un OAI ne surviendra pas.[1][3]
Après un épisode : peut-on replonger ?
Pas sans bilan spécialisé. Tout épisode suspect ou confirmé nécessite une investigation, notamment cardiovasculaire, menée avec un médecin connaissant la médecine de plongée. Une amélioration rapide ou des examens initiaux rassurants ne suffisent pas à écarter la récidive.[1]
La position commune de la SPUMS et de l’UKDMC est particulièrement ferme : elles déconseillent fortement toute reprise de la plongée au gaz comprimé après un OAI, en raison du risque de récidive potentiellement mortelle. Si une personne envisage malgré tout de reprendre, cela exige une discussion individuelle approfondie avec des spécialistes ; réduire simplement la profondeur ne constitue pas une protection reconnue.[1]
Références scientifiques et recommandations
- Banham N, Smart D, Wilmshurst P, Mitchell SJ, Turner MS, Bryson P. Joint position statement on immersion pulmonary oedema and diving. Diving and Hyperbaric Medicine. 2024;54(4):344–349. DOI : 10.28920/dhm54.4.344-349. Consensus SPUMS/UKDMC.
- Henckes A et al. Risk factors for immersion pulmonary edema in recreational scuba divers: a case-control study. Undersea & Hyperbaric Medicine. 2019;46(5):611–618.
- British Sub-Aqua Club. Diver Guidance for Immersion Pulmonary Oedema.
- Divers Alert Network. Immersion Pulmonary Edema.
- Divers Alert Network, Denoble P. Screening Test for Susceptibility to Immersion Pulmonary Edema. 2017.
- Wilmshurst PT. Immersion pulmonary oedema: a cardiological perspective. Diving and Hyperbaric Medicine. 2019;49(1):30–40. DOI : 10.28920/dhm49.1.30-40.
Article d’information, mis à jour en septembre 2026. Les décisions médicales et l’aptitude à la plongée relèvent d’un médecin spécialisé.
